Le discours analytique ne reconnaît pas d’autre norme que la norme singulière

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Ce 4e Congrès de l’EuroFédération de Psychanalyse nous invite à aborder « La clinique hors-les-normes » dans le contexte européen, dans lequel la réglementation de la vie sociale se trouve toujours plus régentée par des normes qui viennent irrémédiablement promouvoir la ségrégation et l’exil.

Très concrètement, et au nom de la santé mentale, le champ « psy » se voit envahi par des systèmes de normes venant affecter les « usagers » aussi bien que les opérateurs. Sous la bannière d’une « attention personnalisée » qui contribue seulement à alimenter les statistiques informatisées, les institutions publiques se voient toujours plus encadrées par des réglementations qui rendent précisément impraticable une attention particularisée. Par ailleurs, l’exercice de la profession libérale se trouve visé par la suspicion d’être une mauvaise pratique, diagnostic étayé sur ladite « bonne pratique » que valident des présupposés scientistes et unilatéraux.

Dans les termes utilisés par Jacques-Alain Miller dans son cours « Choses de finesse en psychanalyse », ce sont les normes établies par le discours du maître dans son association avec le discours capitaliste « qui veut toujours la même chose », qui veut l’homogénéisation : « que chacun soit comme tout le monde ». Cependant, « le discours analytique ne reconnaît pas d’autre norme que la norme singulière »[1].

Si la psychanalyse représente quelque chose, c’est le droit à la revendication, à la rébellion, au « pas comme tout le monde ». C’est le droit à une déviation qui ne se mesure à aucune norme, qui affirme sa singularité, incompatible à toute forme de totalitarisme. « C’est le droit d’un seul, ce que la psychanalyse oppose au discours du maître qui fait valoir le droit de tous ».

La psychanalyse est fragile, elle sera toujours menacée. Elle a pour seul soutien le désir de l’analyste, lequel consiste à ménager un lieu pour le singulier, pour le singulier de l’Un. Le désir de l’analyste se porte du côté de l’Un par rapport au « tous ». Au-delà du fait que le « tous » a également ses droits.

Dans ce contexte, c’est la thérapeutique qui triomphe, et c’est à cela qu’il s’agit de réduire la psychanalyse : « une thérapeutique du psychique », et « on incite les psychanalystes à trouver là la justification de leur pratique » ; c’est-à-dire, il leur est demandé de participer activement à l’adoption de ces systèmes de normes devenant indéfectiblement des pratiques autoritaires qui séduisent le maître.

Il est vrai que la psychanalyse a des effets thérapeutiques, mais « seulement dans la mesure où elle reconnaît la singularité du désir ». Un désir qui se communique entre les lignes. « Si elle est thérapeutique, ce n’est pas parce qu’elle ramène à la norme, mais parce qu’elle autorise le désir dans sa déviation constitutive ».

Par voie de conséquence, les psychanalystes sont convoqués à prendre connaissance de ces réglementations et à trouver un savoir y faire avec elles.

Malgré la tendance à l’homogénéisation, il est certain que chaque pays conserve encore sa spécificité. Dans cette rubrique du Blog de PIPOL 8, nous accueillerons toutes ces contributions (3000 signes) qui rendent compte des « normes en Europe », mais aussi des expériences différentes, de la façon de les aborder en chaque lieu.

[1] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Choses de finesse en psychanalyse » [2008-2009], enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de Paris VIII, notamment la leçon du 19 novembre 2008, inédit.

Traduit de l’espagnol par Jean-François Lebrun

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