De la norme, faire profit de singularité !

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Un sujet accueilli dans un service « mono symptôme » arrive, se référant à ce symptôme, extrait d’un standard médical, avec un nom qui le qualifie. Ainsi en est-il du sujet reçu dans un service d’addictologie. Il s’habille d’un nom d’emprunt : « addict », pas tout à fait quelconque, puisque fruit de la norme sanitaire. Cela implique qu’il ait consenti auparavant plus ou moins à le porter, pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur parce qu’il peut être un premier signifiant qu’il adresse, pour le pire parce qu’il peut le fixer au rebut qu’il se voue à incarner.

Quoi qu’il en soit, pour un temps au moins, l’addiction se met à exister ! Ce symptôme qui comme itération autoérotique fonctionne tout seul, qui n’a habituellement besoin de personne, tout d’un coup nécessite un sujet qui le porte. L’offre d’un signifiant, même surgi du DSM, peut, avec bon-heurt, le déranger dans son hibernation et l’amener à formuler une demande.

Pas forcément celle que les soignants supposent ! Il va de soi pour eux que le sujet accepte le remède à son supposé mal ! Ce sera la condition de son séjour : la prescription de l’abstinence, élevée à une règle de conduite, à laquelle impérativement il devra se conformer. Évidemment, c’est faire fi de la fonction qu’occupe l’addiction dans l’économie du sujet, réponse défensive contre un réel qu’il rencontre. On lui demande d’y renoncer sans avoir trouvé de solution de remplacement. L’aporie à laquelle il se confronte pourrait s’énoncer ainsi : le toxique pour tenir et être tenu, l’abstinence pour rester dans l’institution. Voilà les effets de l’institution : son ordonnancement symbolique et imaginaire fait apparaître un réel, issu de l’impossible produit par son discours.

L’institution se propose comme nouvelle réponse. Le sujet qui jusque là refusait de dépendre de l’Autre, dispose. Il se trouve de multiples manières proie de l’arbitraire de sa jouissance, sans le court-circuit du toxique, avec l’institution comme seul appui pour parer à la terreur de son caprice.

La jouissance de l’Autre est toujours a-normale, comme ne peut que l’être le savoir y faire singulier qu’il reste au sujet à inventer dans le transfert institutionnel… En somme, tout un programme de clinique hors les normes !

 

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