Photographie et psychanalyse : deux ans, trois villes, cinq rencontres

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Une initiative de la Société bulgare de Psychanalyse lacanienne – les rencontres Photographie et Psychanalyse – est mise en marche depuis 2015 en coopération avec l’Institut psychanalytique « TOLK ». Photographie, parce que c’est le nom d’un désir partagé par plusieurs d’entre nous, comme l’était le désir de rencontrer la psychanalyse au-delà du champ du travail clinique. Ce dispositif, pensé et réalisé sur le mode de l’ouverture au public et de l’introduction aux nouvelles formes d’activités, ouvre un espace à des présentations de textes et de photos, animées par une relation subjective à la photographie, dans le quotidien ou au travail, qui relève de l’invention, de l’élaboration d’une façon d’être singulière de la part du sujet contemporain.

Cinq personnes ont fait huit présentations différentes pendant les deux premières années, chacune étant un témoignage unique de la rencontre personnelle et singulière avec la photographie, de la position subjective dans l’acte photographique et du discours authentique de l’expérience individuelle. Ainsi, Vessela Banova découvre sa passion pour la photographie des oiseaux au cours des voyages qu’elle fait pour visiter les institutions d’enfants en Bulgarie ; et c’est à partir de sa passion pour la photographie des oiseaux qu’elle redécouvre la valeur de l’observation et de l’attention à la singularité. Katya Stoycheva, d’autre part, explore la place vide au bord de la rivière où peuvent se loger son corps, ses expériences et ses réflexions. Elle se sert de l’œil de l’appareil photo pour constituer un cadre, faisant de l’image reflétéе une composition créée par le sujet.

Pour Milena Popova, la rencontre personnelle avec la photographie passe par une rencontre avec la double nature de la lumière : celle qui à la fois dévoile le monde et le cache aussi, qui nous renvoie des images réelles du monde ainsi que des illusions qu’il a produites. Daniela Gradeva, à son tour, a dédié son texte poétique, qu’elle rythme et fait rimer avec des photos à la mer – la mer avec la fluidité de ses transformations multiples, les limites qui rencontrent l’illimité au bord de la mer, là où nous faisons la rencontre de la vie, de notre monde subjectif et du passage du temps. Snejanka Dimitrova associe sa relation avec la photographie à l’expérience de l’amour – telle que celle d’être présente ici et maintenant et de se sentir vivante – ainsi qu’à la psychanalyse – à travers l’expression authentique du sujet tant dans le processus analytique que dans une activité créative.

Pour chaque individu, les paroles et les images se nouent d’une manière particulière à son expérience subjective. Pourtant, peu à peu, au fil des rencontres, des thèmes communs commencent à se dessiner – le départ du quotidien, un rapport vivant à la nature, le voyage comme une exploration et non pas une destination – et des signifiants partagés, à émerger – se permettre d’être sans avoir un but à atteindre, la liberté de voir ce par quoi ton regard est attiré, l’appareil photo comme un allié en face de l’instant et de l’immensité.

Les cinq rencontres qui étaient réalisées à Sofia, Roussé et Varna en 2015-2016 en étaient de véritables, comportant le risque de franchir les limites de nos activités précédentes et la joie de découvrir un nouveau champ à labourer à plusieurs. Nos réflexions tournaient autour de ces questions : qu’est-il nécessaire de dire sur ma relation subjective à la photographie ? Où est la place de la psychanalyse dans ma passion pour la photographie et comment les nouer toutes les deux ? À qui et de quoi parlons-nous quand nous parlons en photos ? Que proposons-nous aux personnes qui viennent écouter nos textes et regarder nos photos, qui accueillent notre initiative et notre désir ?

Des questions qui continuent à animer notre relation à la photographie et à soutenir notre désir sur le chemin à venir.

 

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